PROCESSUS de PAR AMOUR DES DISPARUS
Par elsa, le 06/10/2007 à 14:53 :: Processus
:: 6 commentaire(s).
Installation en avant-première à l'Hospice d'Havré de Tourcoing, Juin 2008. |
PERFORMANCE DU 25 JUIN : ARCHIVES (photos et texte)
Jessy à la caméra et Jean-Philippe au son avec le public. Hospice d'Havré de Tourcoing, 25 juin 2008
RÉPÉTITIONS PERFORMANCE PAR AMOUR DES DISPARUS 24 ET 25 JUIN, HOSPICE D'HAVRÉ DE TOURCOING
Comédiens : Fabrice DUPUY, Catherine RAUX, Margarida GUIA , juin 2008.
À LIRE EN PARTAGE SENSIBLE
1 rencontre + 4 pertes + 3 disparus / SD + EGD = 63 minutes de consolation
Notre besoin de consolation est impossible à rassasier fut l’un de mes livres de chevet, à l’instar des Chants de Maldoror, durant des années. Ce texte disparut des côtés de ma couche, sans prévenir. Je le rachetais donc et retrouvais le premier exemplaire presque simultanément. De ce jour, sans m’en rendre compte, je ne rouvris plus jamais ce petit livre qui m’avait accompagné, comme un ami cher qu’on tient longuement dans ses bras.
An 2008 / PAD : Elsa Gaudefroy Demombynes (EGD) déterre mes morts en me proposant, avec Margarida Guia et Catherine Riaux, de participer à une lecture-performance sur la base de cet ultime texte de Stig Dagerman (SD), dans le cadre de son projet Par Amour des Disparus (PAD). Je me mets donc à la recherche des deux exemplaires que j’avais religieusement préservé, parmi le peu de livres que j’avais conservé dans ma bibliothèque. Et si notre besoin de consolation est impossible à rassasier, mon besoin de les retrouver fut impossible à réaliser. Elsa m’en fournit donc un nouveau que je ne mis pas plus de quinze jours à égarer. Elle entreprit donc de se mettre en quête d’un nouvel exemplaire, avec la peur au ventre que son édition fut épuisée... Je le perdis pour la quatrième fois, en me faisant voler très rapidement ces précieuses pages. Devais-je y voir le signe qu’être dépossédé de quelque chose d’irremplaçable, contrairement à ce que j’ai toujours vécu de la perte, n’était pas forcément/uniquement grave et/ou insupportable (surtout si le sort s’acharne), mais bien au contraire et contre toute attente, pouvait nous projeter dans une « vie nouvelle ». La mort nous saisit inéluctablement, nous berce sans que l’on puisse rien y faire et nous transporte tendrement vers de nouveaux prés d’herbe fraîche pour nous faire reposer, et peut-être nous mène-t-elle maternellement vers des eaux tranquilles, comme une naissance inattendue, enfin les morts parlent par la voix des vivants ou serait-ce la voix des morts qui s’adresse à nous autres vivants ?
26 juin 2008 / Hospice d’Havré, Tourcoing. Avec Margarida, nous nous arrachons aux répétitions de Fuori (un texte que j’ai écrit pour elle et que nous jouerons dans quelques mois), pour débarquer de Bruxelles. Arrivée en début de soirée à Lille. Le trajet en Thalys nous a plongé dans un monde paranoïaque : deux check-point à passer, où l’on présente par deux fois nos billets et pièces d’identité avant l’accès au train. Puis troisième contrôle des titres de transport pour sortir de la gare. Nous arrivons à Mouvaux, l’accueil est émouvant. Valérie nous ouvre toute grande sa maison dans laquelle chaque détail respire une tendre intimité, une délicatesse sensible, un attachement profond à cet espace. Nous pénétrons l’extérieur et respirons le potager comme on s’invente un jardin secret, comme on se saoule aux paradis artificiels. La douceur de l’air et la gaieté lumineuse de Catherine nous étreint. Je suis saisi par la sensation de rencontrer quelqu’un que j’aurais côtoyé joyeusement dans une autre vie. Une fois de plus, la sensation de vies multiples se démultiplie. La soirée se finit par une lecture simple et grave. Nous égrenons les mots comme autant de pierres étranges, précieuses et reconnues. Elsa nous renvoie aux ombres brillantes de l’acte ultime, avec une délicieuse angoisse, chargée d’une chaude affection qui déborde dans les coins, comme un goût de dernière cigarette avant l’échafaud. Un dernier verre et chacun rejoint sa couche. Le lendemain matin, Catherine, Margarida et moi nous retrouvons allongés dans l’herbe fraîche, sous un soleil craquant, un bol de café au creux de nos mains endormies. Nos corps désinvoltes abritent une intranquilité perplexe, quant à cette lecture qui nous attend demain. Nous nous questionnons à peu près sur tout : la forme, le fond, les mots, cette poésie testamentaire aussi macabre que moqueuse, autant désillusionnée que visionnaire. Cette mission nous paraît aussi difficile que le déplacement des montagnes ou la reproduction des petits pains ou encore le baiser de l’inaccessible étoile. Elsa est partie mettre en place son installation vidéo au théâtre et nous sommes joyeusement désemparés. Enfin, c’est naturellement que nous nous mettons d’accord pour faire avec notre désarroi, notre découverte, notre apprivoisement les uns des autres, nos questions avec et sans réponses, notre arrivée au théâtre les valises à la main (à peine arrivés et déjà sur le départ), notre liberté de sauter du coq à l’âne pour revenir au coq en passant par la chauve-souris. La proposition éclose, nous travaillons trois ou quatre heures à l’hospice et ressortant tel des petits vieux en fugue et sous l’ivresse, l’étourdissement d’une liberté brûlante et mystérieuse. Le travail est éprouvant car il fait appel à un véritable duel entre l’acteur et le « personnage », installe un rapport parfois fortement paranoïaque entre nous, des aller-retours et grand-écarts entre nos réflexions, nos réactions réelles et une improvisation qui est censée ne préserver aucun d’entre nous. Je garde en tête le souvenir radieux de nos fou-rires, des larmes capricieuses de Catherine-personnage qui s’épanche sur sa frustration quant à sa part de texte, en versant les larmes d’un enfant à qui on déclare « A TABLE ! » alors qu’il est en plein abordage piratique au centre de sa chambre. Je me rappelle la montée des grandes eaux par les yeux et par le nez, désespérance troublante et irrépressible de Margarida prise dans les rets de l’anéantissement de Stig. Je ne peux non plus oublier ma violence absurde à l’encontre de Catherine-personnage alors que c’est Catherine-Catherine qui le reçoit, retournant vers moi un visage terrassé ou encore nos vagues d’émotion en distillant ce texte mot à mot avec une délicatesse et une tension amoureuse... Merci à toi Elsa de cette rencontre, malgré tous les pièges qui nous ont été tendus, merci à toi de ta persévérance et de ton calme face à l’ennemi, merci à toi pour ce projet en-dehors du syndrome culturo-culturel ambiant et gagnant, merci à toi de te battre pour nous réunir à nouveau et sonder ce creuset, forer cette voie, déterrer à nouveau cette voix qui revient me hanter certaines nuits ou parfois beaucoup plus proche de l’aube, annonçant le glas d’une nouvelle journée qui nous tend les bras sans amour...
Fabrice DUPUY - Juillet 2008
COMMUNIQUÉ DE PRESSE PRÉSENTATION DE “PAR AMOUR DES DISPARUS” :
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Par Amour des Disparus (PAD) est un projet artistique conçu sous la forme d'une résidence nomade entre 2007 et 2008, qui a reçu l'Aide Individuelle à la Création de la DRAC Nord-pas-de-Calais (Direction Régionale des Affaires Culturelles) à la commission régionale d'octobre 2007. “Par Amour des disparus” est une expérimentation sociale sur la condition humaine face à la disparition : tragédie d’origine personnelle ou collective.C'est un projet artistique transdisciplinaire, work in progress, au croisement de la performance, du théâtre, de l’art vidéo et de l’art sonore suivant une conception dramatique.Un projet où des corps se retrouvent, dialoguent et parlent d’eux-mêmes, se mélangent au paysage social et géographique pour donner à voir une nouvelle identité humaine collective.Ce travail joue aussi à un niveau plus métaphysique, comme une réflexion sur notre propre disparition en tant qu’espèce vivante. Il s'articule autour de deux économies et de deux temporalités : la performance et le documentaire.
Digue de Braek, Dunkerque. Mars 2008. |
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"La performance est une forme hybride née à la fin des années 70, art du mouvement, art du vivant et du mouvant dans le corps, l'espace et le temps. La performance englobe un vaste éventail de préoccupations artistiques et un nombre tout aussi diversifié de disciplines et de techniques : littérature, poésie, théâtre, musique, danse, architecture et peinture, de même que vidéo, cinéma, photographie, projections sous toutes formes et combinaisons. Elle est aussi en prise directe sur l'imaginaire contemporain et aborde les thèmes essentiels de la culture actuelle, tels que l'identité sexuelle ou le multiculturalisme, liant le psychologique au perceptif, le conceptuel au pratique, la pensée à l'action."Performances, l'art en action. Roselee Goldberg.
Concept : Accéder à des questions humaines de manière sensible. - Mettre en jeu la question de “ Comment rester vivants ? ” - Créer par ce questionnement "les conditions d’un nouvel ordre de rapports humains et mettre en scène une distribution nouvelle des pensées, de la souffrance". (Peter Handke)
Dispositifs : Récoltes visuelle et sonore sur tout le territoire du Nord-pas-de-Calais, montage sons et images. - Prise de vues de paysages et situations humaines - Récoltes sonores, témoignages - Entretiens individuels filmés avec des personnes de tous âges, de toutes conditions sociales - Montage d'une dramaturgie visuelle sous la forme d’une installation vidéo-performance
Mise en scène Finale : Installation vidéo-performance - Diffusion des images en liaison directe avec une performance - Présentation de l'installation au Today Art Museum à Pékin. en novembre 2008 |